![]() Le Developpement Durable et l'effet de serre Index
1- Qu’est-ce que l’effet de serre ? L’effet de serre atmosphérique est un phénomène naturel dû à certains gaz présents dans l’atmosphère terrestre. Une bonne partie de l’énergie reçue du soleil par notre planète sous forme de rayons dans les longueurs d’onde du visible, est renvoyée vers l’espace sous forme de rayons infra-rouges. Les gaz présents dans l’atmosphère, notamment la vapeur d’eau, absorbent et renvoient vers le sol une partie de ces infra-rouges dans leur trajet de retour vers l’espace, * On appelle albédo le pourcentage des rayons solaires qui est réfléchi par la Terre (la partie du rayonnement qui est réfléchie mais ne participe pas au maintien de la chaleur dans la biosphère, ces rayons retournant dans l’espace) ; l’albédo moyen est de 30% actuellement alors qu’il serait de 60% avec une Terre recouverte de neige. 2- Comment les activités humaines accroissent-elles l’effet de serre ? Cette combustion a fait croître la teneur de l’atmosphère en CO2 d’un tiers depuis 1850, pour atteindre environ 360 ppm (I) aujourd’hui. Compte tenu des milliards de tonnes de CO2, rejetés annuellement dans le monde, et dont un peu plus de 50% se retrouvent dans l’atmosphère (le reste dans les océans et les écosystèmes terrestres), le doublement dans moins d’un siècle de la teneur actuelle en CO2 est tenu pour probable et inquiète les spécialistes. Quant au CH4, il provient de l’agriculture (notamment les rizières) et de l’élevage, ainsi que des marigots et zones de décomposition organiques, sans oublier les fuites sur les réseaux de gazoducs. Les oxydes d’azote proviennent essentiellement des carburants utilisés dans les transports ; les CFC, interdits depuis la conférence de Montréal (1986) pour leur effet destructif sur la couche d’ozone, voient leur teneur dans l’atmosphère diminuer lentement depuis. Certes il y a encore beaucoup d’inconnues, en particulier l’impact des océans sur le climat. En effet, autant la dispersion des gaz dans l’atmosphère est rapide et conduit à une homogénéité en quelques semaines, autant au contraire, l’absence de brassage au delà de 100m de profondeur et l’inertie thermique des océans (III) font que les impacts climatiques des quelques 30 milliards de tonnes de CO2 dispersés chaque année dans les airs, continueraient d’apparaître pendant des siècles, même si on arrêtait aujourd’hui les rejets anthropiques de CO2. Aussi les spécialistes pensent-ils que le futur du climat est déjà irréversiblement déterminé bien que mal connu. Mais ce n’est pas une raison pour ne pas essayer de freiner son évolution, d’autant plus que la vitesse d’évolution, vitesse qui semble déborder les capacités d’adaptation des écosystèmes, est plus préoccupante encore que l’évolution elle-même*. C’est dans cette optique que l’ONU et l’OMM (Office Mondial de la Météorologie) ont créé en 1988 l’IPCC (International Panel for Climate Change, GIEC en français), chargé de coordonner les études climatiques et de proposer des solutions. C’est ainsi qu’en 1997 à Kyoto (Japon), les pays développés se sont fixé un objectif de réduction des émissions de gaz à effet de serre : ces émissions devront en 2008-2012, être inférieures de 5% à ce qu’elles furent en 1990 ; objectif ambitieux et cependant jugé à l’époque déjà bien insuffisant ; en particulier, les pays en voie de développement, dont le développement est à juste titre un objectif plus urgent, ne devaient pas être concernés par ces réductions. 4- Comment réduire les émissions de CO2? 1) La première idée est évidemment de réduire les consommations d’énergie et d’améliorer les rendements, tant au niveau du consommateur (transports, ampoules de basse tension, etc.) qu’au niveau industriel ; pour ce dernier par
* 4,5 tonne équivalent pétrole en France (contre 9 aux États-Unis, 1,1 en Chine et 0,2 en Afrique Centrale) ; elle n’était que de 2,1 t en 1960. 2)La deuxième idée est de piéger le CO2 émis par les gros émetteurs (centrales thermiques, cimenteries,...) qui
*Premières réalisations effectives en Mer du Nord par une compagnie norvégienne (la Statoil) en réinjectant le CO2 présent dans le gisement de gaz dans un réservoir d’eau salée à 1000 mètres de profondeur. D’autres réalisations sont testées au Canada. 3) La troisième idée est d’utiliser des énergies n’émettant pas ou peu de CO2 : on pense bien sûr à l’hydraulique, aux énergies renouvelables, à l’hydrogène, au nucléaire. a) L’hydraulique est peu émettrice de CO2 (pas d’émission pendant la phase de production mais beaucoup pendant la phase de construction des barrages compte tenu des quantités énormes de béton nécessaires) mais outre qu’elle ne peut produire que de l’électricité, les grands projets hydroélectriques sont toujours des sources de traumatisme pour les populations déplacées et sont donc très mal acceptés. Enfin dans un pays comme la France, pratiquement tous les sites potentiels sont déjà utilisés. Aussi l’hydraulique, qui représente aujourd’hui 13% de la production électrique mondiale (soit 3% du bilan énergétique mondial), verra en réalité son importance relative diminuer dans les prochaines années. b) Les énergies renouvelables, vent, soleil, géothermie n’émettent pratiquement pas de CO2. Le vent et le soleil, gratuits, inépuisables et disponibles (quoique non permanents) sont une bonne solution si l’on peut s’accommoder de leur intermittence. Ce sont des énergies douces, diluées et de ce fait peu adaptées à une production de dimension industrielle qui requiert puissance, constance et fiabilité. Les éoliennes devraient cependant permettre d’apporter rapidement l’électricité aux populations nombreuses et isolées d’Afrique et d’Asie (2 milliards d’hommes n’ont pas encore l’électricité) ; mais les batteries de stockage qu’elles impliquent posent de sérieux problèmes écologiques. Les capteurs solaires, outre leur coût aujourd’hui prohibitif, ont des rendements faibles pour produire de la chaleur et très faibles si on veut produire de l’électricité : beaucoup de R&D sera nécessaire pour qu’ils puissent contribuer significativement au bilan énergétique mondial. Quant à la géothermie, hormis quelques situations spécifiques (Islande) elle restera très marginale dans le bilan énergétique mondial. c) Les réacteurs nucléaires ne produisent pas de CO2, et ils ont l’avantage de fournir de fortes puissances, fiables et très compétitives. A l’inverse de pays comme l’Allemagne et la Belgique qui, pour des raisons politiques de court terme, ont décidé de sortir du nucléaire, les américains prolongent à 60 ans leur licence d’exploitation et envisagent * En 2003, les rejets en CO2 de la Chine ont été supérieurs de 44% à ceux de 1990 d) L’hydrogène est un vecteur d’énergie non émetteur de CO2, mais à condition de ne pas être fabriqué à partir de fossiles carbonés ; comme il n’y a pas de gisements d’hydrogène sur Terre, il doit être produit par électrolyse ou craquage thermique de l’eau, et sans que la grande quantité d’énergie nécessaire à ces processus ne soit pas elle-même d’origine carbonée : on en revient alors àl’énergie nucléaire qui permet l’électrolyse de l’eau sans émettre de CO2 ; elle saura la craquer thermiquement avec les réacteurs du futur (HTR ou Génération IV). Ainsi produit, cet hydrogène pourrait être un des combustibles du futur pour les transports sans émission de gaz à effet de serre. Oh ! il n’a pas que des avantages : très léger, il devra être comprimé à des centaines de bars et stocké dans un réservoir bien épais et bien lourd ; et malgré cela sa masse spécifique ne sera encore que de 71 g/l, ce qui le rend 10 fois plus encombrant que l’essence ; à moins que son utilisation sous forme d’hydrures (par exemple le NaBH4) ne se développe, ce qui permettrait sans doute aussi de limiter les fuites de ce composé si léger qu’il traverse même des parois métalliques minces. e) Toujours dans le cadre des transports, les voitures électriques n’émettent pas de CO2. Mais il faudra que l’outil de production de l’électricité qu’elles consomment n’en émette pas non plus… et que des progrès substantiels soient faits dans le domaine des batteries (poids/puissance). En attendant, les voitures hybrides (comme la Prius de Toyota) représentent une alternative intéressante, même si c’est largement insuffisant pour limiter les émissions de CO2 dues aux transports *On connaît leur principe : on injecte de l’hydrogène à l’anode et de l’air à la cathode pour produire de l’électricité et de l’eau ; l’automobile est évidemment une cible de choix pour cette technique 4) La quatrième idée est de faire appel à la bio-masse ce qui revient à puiser du carbone présent dans la biosphère pour en faire sous une forme ou une autre un combustible : ainsi le carbone devient CO2.. qui redevient carbone… et cela indéfiniment (IV). La bio-masse est une énergie douce et chère mais accessible dans tous les pays et en monnaie nationale. L’idée est séduisante en terme d’écologie car c’est autant de carbone qui ne sera pas extrait des entrailles de la Terre et rejeté ensuite dans la biosphère. Prenons l’exemple du bois: la croissance des arbres consomme du CO2 pris dans l’atmosphère (à tel point que l’on constate que leur croissance est plus rapide aujourd’hui que jadis), mais après quelques décennies l’arbre, quand on le brûle, repart en CO2 dans l’atmosphère ! Cette opération a donc au mieux un bilan nul en CO2. Et les quantités énormes de bois qui seraient nécessaires à des installations industrielles de grande taille ne permettent pas d’envisager son utilisation à grande échelle (acheminement, cendres...). Quant aux carburants biologiques que l’on sait fabriquer (V) , ils restent encore très coûteux. 5) Enfin, l’idée d’une pénalisation fiscale des émetteurs de gaz à effet de serre progresse dans les esprits, mais ne peut être imaginée que dans le cadre d’accords internationaux, faute de quoi elle pénaliserait les prix de revient des premiers pays qui en prendraient l’initiative. La Commission Européenne a opté en juillet 2003 pour les permis d’émission de CO2, assortis d’une bourse d’échange, suivant en cela les États-Unis ; avec ce mécanisme les gros émetteurs peuvent acheter des droits d’émission de CO2 à des industriels plus vertueux qui auront réduit leurs rejets au delà des prévisions.
On le voit, il n’y a pas de solution miracle qui permettrait de diminuer les émissions de gaz à effet de serre sans coûter trop cher et sans nuire au développement souhaitable des pays les plus pauvres. Mais si, dans les pays développés, on veut être sérieux vis à vis du développement durable il faudra à la fois (1) développer fortement l’énergie nucléaire, seule capable avec les techniques disponibles à l’heure actuelle d’apporter une réduction des émissions de CO2, et (2) puiser dans l’arsenal des palliatifs disponibles décrits ci-dessus, qui pourront au mieux contribuer à ralentir l’accroissement des teneurs de gaz à effet de serre dans l’atmosphère. Il faudra beaucoup d’imagination, d’efforts et de volonté politique mondiale pour y arriver. On en est loin…
« On n’hérite pas de la terre de ses ancêtres, on l’emprunte à ses enfants » (Saint-Exupéry) (I) ppm : parties par million ; 360 ppm veut dire que sur 1 million de molécules d’air, il y a 360 molécules de CO2 ; si la combustion des fossiles carbonés est le principal contributeur, il ne faut pas oublier les déforestations et les volcans. (retour§) (II) Plus la température est basse aux pôles plus les précipitations qui s’y produisent sont appauvries en Oxygène 17 et 18 (puisque leurs températures de condensation sont plus élevées) tandis que les eaux océaniques en sont par contrecoup enrichies : on va donc comparer les analyses isotopiques de l’eau entre glace et sédiments marins de la même époque pour évaluer la température qui régnait alors. On vient de terminer (2004) l’analyse de carottes antarctiques sur les 740 000 dernières années, on a pu déterminer que la Terre avait subi dans la période 8 cycles d’alternances glaciaires et interglaciaires et à – 420 000 ans une période chaude analogue à la nôtre (orbite et axe de la Terre identiques) qui a duré 28 000 ans, mais avec des teneurs en CO2 plus basses que celles actuelles !(retour§) (III) La chaleur spécifique de l’eau liquide est environ 1000 fois supérieure à celle de l’air. Un autre effet de l’augmentation de la teneur en CO2 dans l’océan est l’accroissement de l’acidité des océans ; en effet un bon tiers des émissions de CO2 se retrouvent dans l’eau de mer et s’accompagnent d’une baisse de concentration en oxygène avec les conséquences que l’on peut imaginer sur la vie aquatique ; enfin l’équilibre CO2 - carbonates se trouve modifié avec effets possibles sur les coraux et mollusques (cf. Science du 16/07/2004). (retour§) (IV) On considère généralement qu’il y a trois sortes de transformation énergétique de la biomasse (1) des unités de cogénération (70% de chaleur et 30% d’électricité), (2) la fermentation, soit alcoolique (pour donner de l’éthanol après distillation, très consommatrice d’énergie), soit par méthanisation (mais on produit alors aussi du CO2) et (3) la gazéification (encore peu utilisée) ; il faudrait y ajouter le chauffage au bois . 1,1 milliard de tonnes équivalent pétrole provenaient de la biomasse en 2002 dans le monde. (retour§) (V) La France produit 310.000 t de « biodiesel » par an (à partir de colza et mélangé au gazole) et 91.000 t d’éthanol (à partir de betteraves et mélangé à l’essence) chaque année ; ceci ne représente toutefois que 0,94% de la consommation totale de carburants. En outre il y a une petite production de « biogaz » par fermentation de déchets ménagers (ex. usine de Bouqueval d’Onyx) ; potentiel français selon l’ADEME : 10% des besoins énergétiques des transports. (retour§) ---------------------------- PFO 24 mars 2005
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