![]() Les déchets nucléaires Index Conteneur Inox (CSDV)
1) Les déchets nucléaires : le minimum à savoir • Toute industrie, toute activité humaine produit des déchets (en France on en produit environ 3 tonnes par an et par habitant) : l’industrie nucléaire produit donc, comme toutes les autres industries, des déchets • Les déchets nucléaires ont trois particularités qui leur sont spécifiques : • Plus de 90% des déchets nucléaires ont une faible ou très faible radioactivité, et sont conditionnés en ligne par leurs producteurs et envoyés à l’ANDRA pour stockage définitif . Cela fonctionne comme cela depuis longtemps et de manière satisfaisante : la preuve? On n’en parle jamais!
• Le stockage provisoire des déchets HAVL conditionnés, qu’on dénomme entreposage, peut être et est pratiqué sur des dizaines d’années sans risque et sans aucun impact sanitaire, car leur dégradation est extrêmement lente dans de bonnes conditions de refroidissement ; cela est encore plus vrai pour des déchets qui ont été vitrifiés comme on le fait en France On a donc le temps avant de choisir la meilleure solution de gestion définitive des déchets ; mais le fait de prendre son temps ne signifie pas qu’il n’y a pas de solutions, bien que ce soit souvent perçu comme tel par une population qui a tendance à croire ce qui lui est seriné à profusion par les antinucléaires, relayés sans explication par les médias. - Il y a bien sûr les combustibles usés sortant des réacteurs, contenant initialement l’uranium enrichi dont une partie s’est fissionnée et a engendré des produits de fission (dont environ 10 % sont radioactifs), tandis qu’une autre a absorbé des neutrons en créant des éléments plus lourds (les transuraniens); EDF en produit 1200 tonnes chaque année en provenance de ses 58 réacteurs. La quasi totalité de la radioactivité artificielle produite se trouve dans ces 1200 tonnes de combustibles déchargés annuellement. Si, dans l’imagerie populaire, ces combustibles sont des déchets (ne dit-on pas que La Hague est une usine de traitement des déchets nucléaires?), en fait ce ne sont pas plus des déchets que votre bûche de bois à peine entamée de votre cheminée; seule une faible partie, 5 % environ, est réellement un déchet. - Il y a ensuite des matériaux ou équipements provenant de la maintenance des installations qui se sont trouvés au contact de la radioactivité et ont été (ou peuvent être) contaminés par elle, que ce soit dans les centrales nucléaires ou les usines produisant ou retraitant le combustible (qu’on appelle les usines du cycle) - Il y a aussi les effluents liquides et gazeux provenant de ces installations dont on ne parlera pas ici car ils sont traités dans un autre article - Mais il y a aussi les déchet miniers, qui comprennent les résidus de lixiviation du minerai d’uranium et les «stériles» correspondant à ce qui est extrait de la mine mais dont la teneur n’est pas suffisante pour justifier son traitement; les déchets miniers ne contiennent que de la radioactivité naturelle et à des doses très faibles - Il y a encore les déchets de démantèlement des différentes installations nucléaires, ou tout au moins cette partie des installations qui a été contaminée au contact de la radioactivité - Il y a enfin des déchets nucléaires provenant d’hôpitaux (radiothérapie, traceurs,…), d’universités (physique nucléaire, traceurs radioactifs…), d’industries diverses (par exemple les sources scellées pour le contrôle des soudures), voire de l’industrie chimique (terres rares, engrais phosphatés).
L’ANDRA classe les déchets nucléaires selon leur radioactivité en 4 catégories :
Classification francaise des déchets Cliquer sur l'image pour l'agrandir • Déchets Très faiblement actifs (TFA) : on ne pratique pas en France «l’exemption», comme cela est pratiqué dans d’autres pays (en Allemagne par exemple), qui permet à un industriel de recycler ses déchets dans le domaine public, une fois qu’il a été vérifié que leur radioactivité est inférieure à un seuil défini; on a donc créé une catégorie de déchets TFA qui prend en compte notamment des déchets de démantèlement; leur activité, de l’ordre de 1 Bq/g en alpha et 10 Bq/g en bêta est similaire à celle de certains produits naturels (granite, engrais phosphatés); conditionnés en big bags, ils sont stockés par l’ANDRA à Morvilliers (Aube). • Déchets de faible activité et à vie courte (FAVC) : par vie courte, on entend conventionnellement les éléments radioactifs dont la période est égale ou inférieure à trente ans et qui donc, au bout de 300 ans, auront pratiquement disparu[1] ; ce sont généralement des outillages, vêtements d’intervention, matériels et matériaux ayant été au contact de la matière radioactive. • Déchets de faible et moyenne activité et à vie longue (MAVL et FAVL) : ils se distinguent des précédents par l’existence d’éléments radioactifs à vie longue, en général des émetteurs a dont la période est supérieure à 30 ans (par exemple, la plupart des isotopes du plutonium), tout en étant bien moins radioactifs que le combustible usé (ex. déchets de structure des combustibles); ils se distinguent des suivants en ce que l’activité résiduelle y est beaucoup plus faible et donc leur puissance thermique est négligeable, quelques watts tout au plus pour 1 m3 de déchets. • Déchets de haute activité et à vie longue, les HAVL[2]: vie longue et très actifs (ce sont les 5 % de produits de fission et actinides séparés lors des opérations de retraitement ou le combustible usé lui-même dans le cas où on n’effectue pas de retraitement); étant très radioactifs, ils ont aussi une puissance thermique résiduelle importante (typiquement 1 à 2 kW par unité de déchets vitrifiés au moment où ils sont produits); cette puissance, due à leur radioactivité, diminue rapidement avec le temps (après 100 ans il ne reste déjà qu’un peu moins de deux cent watts), c’est la raison pour laquelle il faut les laisser refroidir dans un entreposage adéquat plusieurs dizaines d’années avant de les stocker. Ø En France les déchets FAVC et TFA représentent près de 95% du volume total des déchets nucléaires et moins de 1 % de la radioactivité totale des déchets
3) Les déchets FAVC – Conditionnements et stockage
Déchets A compactés et immobilisés dans du ciment Fut métallique 200L · Le plus simple (et le plus pratiqué) consiste à compacter les déchets dans un fût métallique et de les immobiliser en coulant dans le fût un mortier ou un coulis de ciment; technique acceptée par l’ANDRA pour des activités inférieures à un seuil donné variable selon le type de radioéléments · Si le matériau s’y prête, on peut incinérer les déchets, récupérer les cendres et les conditionner en fûts métalliques comme ci-dessus; mais attention, pas dans n’importe quel incinérateur: il n’y a qu’une installation de ce type autorisée en France (Centraco dans le Gard qui incinère quelques 3000 tonnes de déchets chaque année). On devine que, avec cette technique, le volume final sera très réduit. Dans la même usine, on peut aussi fondre les déchets métalliques pour en faire des lingots, eux aussi destinés au stockage
Déchets A ou B bétonnés (B si présence de VL) Conteneur en béton de 0,7 ou 1,5 m3 · Dans tous les cas et quelle que soit la technique utilisée, la caractérisation (c’est à dire l’identification de tous les composants, radioactifs ou non) et la traçabilité du déchet sont obligatoires: on doit pouvoir retrouver l’origine, la nature et le producteur de chaque déchet tout au long des opérations de conditionnement, du transport et même dans son stockage définitif. · Le stockage des déchets ainsi conditionnés est fait par l’ANDRA à Soulaines (Aube), seul autorisée à le faire. La technique consiste à construire de grands parallélépipèdes de béton dans lesquels sont placés les colis de déchets livrés par les producteurs (ou fabriqués par l’ANDRA dans le cas des petits producteurs tels qu’hôpitaux et universités n’ayant pas les moyens d’avoir leurs propres installations de conditionnement). Un toit mobile permet de réaliser l’opération de remplissage à l’abri des intempéries. Deux cas: · Pour les déchets immobilisés, les colis seront ensuite bloqués par du béton maigre coulé dans les ouvrages. · Pour les déchets enrobés, le remplissage des ouvrages de béton est fait avec du gravillon.
Site de Soulaines Andra Très visitée, notamment par des étrangers, la technique utilisée à Soulaines a été copiée, parfois avec des variantes locales, par de nombreux pays. Enfin rappelons que la pratique du rejet de déchets A dans les fosses océaniques a cessé dans les années 70 et a été définitivement interdite par la Convention de Londres de 1980 (l’URSS a néanmoins poursuivi cette pratique dans la mer du Japon jusqu’en 1990). Tout ce qui suit est relatif aux déchets HAVL et MAVL , c’est à dire ceux auxquels on fait généralement référence quand on parle des déchets nucléaires 4) Les déchets nucléaires et la loi du 28 juin 2006
• Le Parlement devra prendre une décision en 2006, et en attendant on étudie et on réfléchit. • Entre 1991 et 2006, étude en parallèle de trois voies possibles : 1. Séparation et transmutation des éléments à vie longue présents dans ces déchets 2. Stockage réversible ou irréversible en formation géologique profonde 3. Entreposage longue durée (un ou deux siècles) en «surface ou subsurface» (subsurface veut dire enterré mais proche de la surface) • Les voies de recherche1 et 3 ont été étudiées par le CEA; en particulier le réacteur rapide Phénix a été réactivé pour les études de la voie 1 (alors que dans le même temps, on arrêtait Superphénix!) • La voie 2 a été étudiée par l’ANDRA. En 1991 on espérait ouvrir 2 laboratoires d’études; un seul sera ouvert (Bure dans la Meuse) dans un site argileux, un deuxième site dans le granite, envisagé dans la Vienne, ayant été rejeté par les locaux. L’ANDRA a dû compenser en collaborant à des études réalisées à l’étranger dans le granite (Suisse, Suède, Canada) Et le Parlement a été fidèle à ses engagements….Suite aux rapports du comité des sages (la CNE), qui a contrôlé régulièrement l’avancement des études, de l’ASN et de l’OPECST[3], une proposition de loi a été déposée au Parlement qui l’a votée le 28 juin 2006. Qu’apporte de nouveau cette loi? · Appelée aussi loi sur la «transparence», elle rend publiques toutes les informations sur les déchets, passés, présents et futurs, sous la forme, d’une part de l’Inventaire National des Déchets, géré par l’ANDRA, qui liste tous les sites français détenant des déchets radioactifs (avec les quantités et la radioactivité contenue), et d’autre part lePlan National de Gestion des Matières et des Déchets Radioactifs (PNGMDR), ces deux documents sont consultables sur les sites respectifs de l’ANDRA et de l’ASN · Le stockage géologique réversible est inscrit dans les textes étant considéré comme indispensable, notamment pour les déchets déjà vitrifiés quelles que soient les conclusions sur la transmutation; et on y trouve des engagements de date telles que 2015 pour l’autorisation d’un site définitif et 2025 pour le début de son exploitation · On n’abandonne pas pour autant la voie de la transmutation: il est précisé au contraire qu’on poursuit les études pour en faire le bilan en 2012 en vue de construire un réacteur de démonstration en 2020 Quant à la voie entreposage longue durée, elle sera réservée à des cas très spécifiques comme celui des déchets graphite (héritage de la génération des réacteurs UNGG) et éventuellement celui des déchets tritiés (provenant des activités militaires)
5) La vitrification des déchets HAVL, c’est quoi au juste?
Coulée de verre Conteneur CSDV
Entreposage de déchets C, en puits ventilés
6) Qu’est-ce que la transmutation ?
• Transmuter un élément radioactif indésirable contenu dans les déchets nucléaires, c’est le transformer en un autre élément, si possible stable ou à défaut de période plus courte, en le soumettant à un flux de particules et ainsi le faire disparaître plus rapidement. Comme on dispose de flux importants de neutrons dans les réacteurs, c’est évidemment là en priorité qu’on étudie les possibilités de transmutation par recyclage des déchets HAVL. • Loin d’être un rêve d’alchimistes, la transmutation est en fait un phénomène naturel : ainsi l’action des rayons cosmiques sur des atomes de gaz dans la haute atmosphère peut occasionner des transmutations; par exemple la transformation de l’azote stable en carbone14 radioactif est une transmutation. De même la radioactivité naturelle peut être considérée comme une suite de transmutations jusqu’à l’arrivée à un atome stable. • Dans les déchets HAVL, ce sont évidemment les radioéléments de longue période qu’on va chercher à transmuter; mais il y en a deux types qui ne répondent pas de la même façon aux neutrons : - Des produits de fission (PF) à vie longue: certes, ils sont peu toxiques car de faible activité, mais ils peuvent être assez mobiles; les principaux: le technétium99 (période 213 000 ans), le césium135 (2,3 millions d’années), l’iode129 (15,7 millions d’années), ce dernier n’étant dans les déchets qu’à l’état de traces si on a effectué le retraitement, car il est alors majoritairement et volontairement rejeté avec les effluents liquides - Les transuraniens (ouactinides, comme on dit souvent bien que ces deux termes ne soient pas rigoureusement synonymes[5]), toxiques car d’activité a assez élevée mais très peu mobiles: neptunium, plutonium, américium, curium, (nombreux isotopes pour les trois derniers) Périodes des isotopes du plutonium les plus fréquents: • Le retraitement, dans sa version actuelle ou dans une version aménagée, est une première étape indispensable vers la transmutation, d’une part pour isoler les produits de fission et d’autre part pour séparer le plutonium; en effet quand il est recyclé en réacteur sous forme de nouveau combustible (MOx ou rapide), il y est «brûlé» (et en prime il fournit un supplément d’énergie); or le plutonium c’est à lui seul 90% de la radioactivité résiduelle des combustibles usés entre 100 et 200 000 ans • L’utilisation d’accélérateurs de particules, au lieu de réacteurs dédiés à la transmutation, peut sembler attrayante car elle peut être plus sélective, mais elle n’est pas réellement adaptée aux quantités à traiter, puisqu’on ne peut les utiliser que sous vide (pour minimiser les collisions entre atomes) donc avec des quantités très faibles. Mais on peut imaginer, comme le Professeur Rubbia, des systèmes hybrides constitués d’un accélérateur couplé à un réacteur sous-critique (système dit ADS) Chacun comprendra donc que la transmutation, quelqu’attrayante qu’elle soit dans son principe, conduirait à une complexification peut-être rédhibitoire du cycle du combustible sans parler d’une consommation d’énergie supplémentaire non négligeable et coûteuse, ni de risques de doses supplémentaires aux personnels qui devront manipuler ces produits, à moins que la R&D future ne découvre de grandes simplifications à ce processus. 7) Un stockage en formation géologique profonde : à quoi cela ressemble ? • Chaque galerie horizontale permet d’accéder à des alvéoles, elles aussi horizontales, dans lesquelles seront disposés les déchets conditionnés • Le concept de base, retenu pour toutes les installations projetées dans le monde, repose sur le principe des 3 barrières indépendantes, chacune devant assurer sa part dans la résistance aux agressions extérieures : - la première est toujours le colis de déchets lui-même qui doit donc «avoir fait ses preuves» pour assurer sur le long terme un bon confinement et une bonne résistance à l’eau - la deuxième est une barrière artificielle constituée d’argile, de béton ou autre dont le but est d’isoler l’alvéole une fois remplie - la troisième, enfin, est la formation géologique dans laquelle on a construit le stockage •
• Une fois remplie, l’alvéole est isolée en construisant la barrière artificielle; selon que le stockage est réversible ou irréversible, cette barrière est définitive ou démontable. Vraisemblablement une aération sera maintenue(au moins pendant la période de réversibilité) pour évacuer les calories résiduelles, même si on ne stockera dans les galeries que des déchets conditionnés déjà très refroidis (donc vieux d’une cinquantaine d’années); enfin des capteurs – notamment de température - renseigneront les surveillants à la surface des conditions régnant dans l’alvéole ainsi isolée • En France, selon les termes de la loi du 28 juin 2006, les opérations de stockage devraient commencer en 2025 et pourraient se poursuivre jusqu’à la fin du siècle; ce ne serait qu’à cette échéance qu’il faudrait choisir entre la réversibilité et l’irréversibilité[7]. • On voit donc que le soin apporté à un tel stockage n’a rien de commun avec un «enfouissement» dont l’image suggère qu’on jette les déchets dans un trou et qu’on rebouche ensuite pour mieux les oublier. Voilà pourquoi ce terme d’enfouissement est inadapté quand on parle de la gestion des déchets nucléaires en formation géologique profonde. Le concept et les résultats obtenus par l’ANDRA ont d’ailleurs été soumis aux experts de l’OCDE qui se sont dits «impressionnés» par le travail accompli.
8) Pourquoi un stockage profond et non en surface ?
• Contrairement à une idée reçue, ce n’est pas pour les oublierqu’on envisage partout dans le monde un stockage profond pour les déchets HAVL conditionnés ou, comme disent les scientifiques, «en formation géologique profonde» (ils veulent dire par là que le choix du site de stockage sera fait dans des couches géologiques dont on sait qu’elles sont stables depuis des centaines de millions d’années). • Tous les projets existants dans le monde sont aux alentours de 500 - 600 mètres de profondeur; dans les argiles, les schistes, le granite ou le sel;pourtant, ce n’est pas pour se protéger des radiations qu’on veut aller à cette profondeur, en fait quelques mètres de terre suffiraient largement à s’en protéger; mais : - A cette profondeur ils sont à l’abri des tremblements de terre dont les effets dévastateurs sont essentiellement en surface ou proche de la surface de la Terre (sans compter que, pour une plus grande sûreté, on choisit des zones connues pour être pas ou très peu soumises aux séismes) - A cette profondeur, dans ces substrats et en l’absence de failles, il n’y a pas de circulation d’eaux souterraines et donc pas de communicationavec les eaux de surface[8] ; ainsi par exemple, si on connaît un gisement de sel vieux de centaines de millions d’années, c’est qu’il n’y a pas eu d’arrivée d’eau pendant toute cette période.Et même s’il y avait un jour lointain une arrivée d’eau, le concept des trois barrières – dont une en argile imperméable - retarderait considérablement l’attaque du déchet par l’eau, en tout cas bien après qu’il soit devenu aussi inoffensif qu’un gisement classique d’uranium. Qualités requises pour un stockage: - A cette profondeur, pas de risque consécutif aux chutes d’avions, volontaires ou non, ni de risque de chutes de météorites[9]. - A cette profondeur enfin, pas de risque d’intrusion humaine, malveillante ou involontaire: le site est choisi en fonction de l’absence d’intérêt minier, archéologique ou géologique. Et si, après oubli dans quelques millénaires, quelqu’un venait à effectuer des forages dans un tel stockage, il n’y aurait pas plus de risques que lorsqu’on fait aujourd’hui un forage dans un gisement d’uranium.
La notion d’analogue naturel appliquée aux déchets recouvre deux choses très différentes: 1) On a découvert, il y a maintenant une trentaine d’années, que des réacteurs nucléaires naturels avaient divergé au sein d’un gisement d’uranium à Oklo (Gabon), lorsque les conditions de teneur en uranium fissile, de température et de modération étaient favorables, il y a environ deux milliards d’années[10] . Outre l’intérêt scientifique de cette découverte, on a retrouvé des traces de scories de la réaction nucléaire piégés dans le milieu schisteux du gisement d’uranium, prouvant ainsi qu’ils ont très peu migrés dans ce milieu, et cela, bien que Dame Nature n’ait pas prévu de «barrières de confinement» sophistiquées comme on le prévoit pour le stockage en formation géologique profonde. Ici, l’analogue naturel montre qu’un stockage convenable remplit son rôle d’isolation au cours des âges. On peut donc être assuré que les radioéléments stockés dans ces conditions ne remonteront pas à la surface au cours des prochains millénaires. On veut d’autres exemples? Le cas du gisement de Cigar Lake (cf note 8) est loin d’être le seul: beaucoup d’autres gisements d’uranium, vieux de 500 millions à plus de 2 milliards d’années se trouvent sous des lacs ou nappes sans qu’on ait pu les découvrir par la radioactivité contenue dans ces eaux. 2) La vitrification, telle qu’on la pratique en France, utilise un verre borosilicaté; ce choix des scientifiques du CEA n’est pas anodin: il est voisin en composition d’un verre naturel basaltique d’origine volcanique, l’obsidienne, dont on connaît des occurrences vieilles de plusieurs centaines de millions d’années; c’est bien la preuve qu’il peut résister à l’usure du temps sur d’aussi longues périodes. Et plus près de nous, on connaît des verres égyptiens et romains qui ont traversé les siècles sans altération notable. Ici, l’analogue naturel montre qu’on peut être confiant sur la possibilité des déchets vitrifiés de résister plus que largement au temps nécessaire à la décroissance des éléments radioactifs qu’il contient. Le verre borosilicaté n’est d’ailleurs pas le seul matériau naturel capable à la fois de confiner les éléments radioactifs et de rester inchangé sur des périodes géologiques longues. Ainsi par exemple, des scientifiques australiens et américains travaillent sur des apatites (phosphates mixtes de calcium) dont on connaît aussi bien la capacité à piéger des atomes que leur résistance à l’usure du temps. • Vu sous l’angle déchets, il y a trois différences essentielles entre les deux options : Dégagement thermique des déchets nucléaires (watts) Cessons donc de dire que les déchets nucléaires seront nocifs sur des millions d’années: ce n’est pas exact et il vaudrait mieux s’intéresser sur ce point aux toxiques chimiques (mercure, plomb…) qui eux sont éternels - là où le fonctionnement d’un réacteur de 1 GW (en gros c’est la puissance nécessaire pour une ville de 1 million d’habitants) conduira chaque année à environ 2,5m3 de déchets vitrifiés dans le cas du cycle fermé, le cycle ouvert conduira chaque année à environ 40 m3 de combustible usés confinés en conteneur, soit un volume 16 fois plus grand - enfin, avec le cycle ouvert, le combustible usé entier ne dispose pas de barrière de confinement comme l’est le verre dans son conteneur en acier inoxydable dans le cas du cycle fermé; il faut donc compenser en le plaçant dans un «conteneur» qui devra assurer le rôle de première barrière (étanchéité, résistance à la corrosion par l’eau); le cuivre pur (renforcé par de la fonte pour la tenue mécanique) étant retenu pour ce faire par les pays scandinaves, le coût de ce confinement (longueur 5m, diamètre 1m, poids 20 t pour 12 assemblages) est donc assez élevé.
11) Déchets nucléaires : de quelles quantités parle-t-on ? • Production annuelle en France de déchets nucléaires dus au fonctionnement des réacteurs nucléaires et au cycle du combustible associé : environ 18 000 m3 (35 000 tonnes), répartis en : déchets FAVC, 14 000 m3 ; déchets VL, 530 m3 ; déchets HAVL, 130 m3 ; déchets TFA 3000 m3. A ceux-là, récurrents, il faut ajouter: • Les déchets de démantèlement : le parc actuel de réacteurs en France devra être démantelé en fin de vie, c’est à dire démoli et les déchets correspondants conditionnés; selon les experts, cette opération de démantèlement de l’ensemble du parc actuel (58 réacteurs) devrait produire 1 million de m3 de déchets TFA, 350 000 m3 de déchets FAVC 4000 m3 de déchets VL , mais pas de déchet HAVL ; le tout sur une bonne cinquantaine d’années • Les déchets miniers provenant des mines d’uranium françaises, aujourd’hui toutes fermées, représentant environ 52 millions de tonnes (hors stériles) ; ce sont essentiellement les résidus de lixiviation du minerai: ils ne contiennent que de la radioactivité naturelle • Où en est-on en 2008 après plus de 50 ans d’industrie nucléaire ? Selon l’ANDRA : Le centre Manche de l'ANDRA • Pour se mieux faire l’idée des petites quantités de déchets produits par l’industrie nucléaire, voici quelques éléments de comparaison :
- En France on produit annuellement - quelques 180 millions de tonnes de déchets de toute sorte, dont 30 millions sont des déchets industriels banals et pour 6 millions de tonnes, des déchets toxiques - Le désamiantage d’édifices publics ou privés produit chaque année plus de 60 000 tonnes de déchets amiante - Si on remplaçait le parc nucléaire par un parc de centrales au charbon de même puissance, on produirait 18 millions de tonnes de cendres chaque année contenant non seulement des radioéléments naturels, mais aussi plusieurs tonnes de métaux lourds toxiques (plus évidemment le CO2 généré par sa combustion). 12) Les déchets nucléaires, ça coûte cher ? • Oui, les déchets nucléaires coûtent cher à isoler, conditionner et stocker ou entreposer mais, comme on en produit peu, le coût global reste très raisonnable. En gros cela revient à un peu moins de 2% de notre facture d’électricité, ce qui est peu quand on les compare, par exemple, aux 15 à 20% de taxe d’assainissement de notre facture d’eau qui correspond aux coûts de traitement des eaux usées • Voyons d’abord les coûts de stockage (à ± 20%) : • A cela il faut ajouter les coûts de conditionnement et de transport (à ± 30% selon les modes de conditionnement et les producteurs) : Enfin on doit ajouter le coût du démantèlement (et de prise en charge des déchets associés), pour lequel EDF prélève de l’ordre de 0,15 centime d’€ par kWh (constituant des provisions pour le démantèlement des installations nucléaires); soit environ 1 % du montant payé par le consommateur, c’est à dire le même ordre de grandeur que ce qu’on paie dans le cas des automobiles ou des ordinateurs. 13) Que font les pays étrangers de leurs déchets?
14) Conclusion: démythifier les déchets et refuser les idées reçues • Il n’y a pas de solution pour les déchets nucléaires : Faux, la solution du stockage en formation géologique profonde s’impose comme la solution de référence dans le monde entier. Une installation de ce type fonctionne d’ailleurs aux Etats-Unis depuis quelques années pour des déchets militaires contenant du plutonium. Il faut bien comprendre qu’un entreposage de plusieurs dizaines d’années est de toute façon nécessaire pour leur puissance thermique diminue. Ce délai est mis à profit pour rechercher les solutions optimales qui garantiront le bien fondé du substrat et de la technologie retenus. Il ne faut pas croire ceux qui profitent de ce délai pour affirmer qu’il n’y a pas de solution; le stockage en formation géologique n’est-il pas ce que nous propose Dame Nature quand on voit tous les gisements divers qui se trouvent sous nos pieds?
Stockage: les facteurs de confiance: • Le stockage profond c’est s’en débarrasser en les enfouissant pour mieux les oublier : c’est au contraire une solution riche qui est choisie, où tout ce qui peut arriver à ces déchets au cours des prochaines dizaines de milliers d’années est étudié avec le plus grand soin.Le concept des trois barrières indépendantes et successives est retenu partout dans le monde pour s’assurer de leur intégrité vis à vis de toutes sortes d’agressions extérieures • En fait les déchets, comme d’ailleurs la radioactivité, sont victimes de la sensibilité des mesures: il s’ensuit, en application d’un principe de précaution, des normes de radioprotection plus sévères que nécessaire et une crainte irraisonnée des faibles doses alimentée par l’hypothèse de la loi linéaire sans seuil. Pourtant, il y a beaucoup de choses qui ne sont pas plus détectables que la radioactivité par les sens (ex. électricité) mais dont on connaît les effets et dont on sait parfaitement se protéger. Beaucoup de toxiques chimiques (ex. arsenic) ou biologiques (ex. virus) sont également non détectables par les sens : au moins les déchets radioactifs ont-ils l’avantage de pouvoir être détectés très finement grâce à leur rayonnement. PhF 27/03/2008 (1)300 ans, c’est 10 périodes de 30 ans donc il n’en subsistera au bout de ce temps qu’un maximum de 1/210 , soit 1 millième de la quantité – déjà faible - du départ.
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