![]() Les rejets radioactifs des Installations Nucléaires
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Comme toute industrie, et à vrai dire comme toute activité humaine, l'industrie nucléaire génère des sous-produits gazeux, liquides ou solides qui ne peuvent, dans l'état actuel des technologies disponibles, donner lieu à valorisation. Ainsi le fonctionnement normal d'une installation produit des effluents : certains sont traités par concentration et mis sous forme de déchets solides qui sont conditionnés, entreposés et en définitive stockés. D'autres ne peuvent qu’être traités, filtrés, dilués et contrôlés avant dispersion dans l'environnement : ce sont les rejets. Les principaux radioélements rejetés En fonctionnement normal, les installations nucléaires rejettent en quantités significatives trois éléments radioactifs: le krypton 85, le tritium et le carbone 14. Tous les autres radioéléments rejetés n’ont qu’une incidence marginale par rapport à eux. Le krypton 85 est un gaz rare émetteur bêta gamma de 10,7 ans de période. C'est un produit de fission qui est retenu dans l'élément combustible et est libéré sous forme gazeuse à l’occasion du retraitement. Le tritium est un isotope radioactif de l'hydrogène, émetteur bêta de très faible énergie (sans gamma associé) d’une période de 12,3 ans. On le retrouve dans les effluents sous forme d’eau tritiée (T-O-H) et de gaz (T-H). L’eau tritiée se dilue très aisément dans l'eau naturelle qui a les mêmes caractéristiques chimiques et peut être rejetée de façon contrôlée dans les fleuves ou les courants marins (voir note 2). Le carbone 14 est un émetteur bêta d'une période de 5730 ans. Il est formé en réacteur par réactions de neutrons sur l'azote et l’oxygène contenus dans les combustibles et dans certains circuits à l’état de combinaisons chimiques (oxydes, nitrates, nitrures..) Note 1. Du krypton 85 se forme naturellement dans la haute atmosphère par action des rayons cosmiques à raison de 0,4 TBq (térabecquerels) par an, de sorte qu’il y en a naturellement environ 1,2 Bq/m3 dans l’air Note 2 .À noter que le tritium existe à l’état naturel. Il résulte de l'interaction des rayons cosmiques avec l'hydrogène dans la haute atmosphère et est donc présent dans l’eau des rivières ainsi que dans l’eau de mer. Le stock naturel de tritium dans la biosphère est d’environ 27 millions de térabecquerels ; on en trouve en particulier dans l’eau de mer à raison d’environ 100 Bq/m3 La faible nuisance du tritium est due à la faiblesse de l’énergie de ses électrons bêta et à sa courte période biologique. Il faut incorporer plus de 55 millions de Becquerels sous forme eau ou vapeur pour recevoir une dose de 1 mSv. Note 3 .Le carbone 14 se forme naturellement dans la haute atmosphère par réaction neutronique sur l’azote 14 (réaction dite (n,p). Il s’en forme ainsi environ 1000 TBq chaque année et l’inventaire est de 140.000 TBq dans l’atmosphère, ce qui permet de l’utiliser pour la datation d’objets contenant du carbone (généralement du bois).... Les rejets radioactifs des centrales REP Les effluents des centrales sont collectés, triés, traités suivant différents procédés qui permettent d’en recycler la majeure partie et de n’en rejeter qu'une très faible proportion, en conformité avec les prescriptions réglementaires. Entre 1985 et 2000, des améliorations constantes ont été apportées pour diminuer les rejets des centrales par le traitement à la source, le développement de procédés d'exploitation spécifiques et l’amélioration des installations en fonction de l'expérience acquise. Ces actions ont permis de diminuer les activités rejetées d'un facteur 180 pour les tranches 1300 MW et 100 pour les tranches 900 MW. Les rejets moyens par réacteur étaient les suivants en 2003 :
Les limites de rejet ont été fortement réduites pour les sites dont les décrets d’autorisation ont été renouvelés (voir paragraphe réglementation) : par exemple en ce qui concerne les rejets liquides, les limites pour les radioéléments hors iode, carbone 14 et tritium sont passées de 375 à 15 GBq/an pour les 900 MW et de 550 à 12,5 GBq/an pour les 1300 MW. Ces réductions ont été imposées par les Autorités non en raison de la dangerosité des précédentes limites mais parce que la pratique montrait qu’il était sans inconvénient notable pour les exploitants de les abaisser. Les rejets radioactifs de l'usine de retraitement de la Hague. Les effluents gazeux radioactifs
La majeure partie des effluents radioactifs gazeux est rejetée par des cheminées d'une hauteur de 100 m de manière à favoriser la dispersion atmosphérique et donc d'en réduire l'impact. Le débit et la radioactivité des rejets sont contrôlés en permanence par des mesures automatiques en continu et par des mesures différées effectuées en laboratoire sur des prélèvements continus. Ces mesures sont effectuées indépendamment par l’exploitant et par les Autorités de Sûreté. En 2006, les rejets gazeux ont été les suivants (sur la base de 1015 tonnes de combustibles usés traités à taux de combustion moyen de 42100 MW.j/t) :
**Principalement Ru, Rh 106 ***Principalement Krypton-85 et Carbone-14 (14,2 TBq) Note 1 : Le retraitement ayant lieu quelques années après la sortie des combustibles usés du réacteur, il n’y a plus d’isotopes à vie courte de l’iode (I-131, I-132, I-133) ; le seul isotope de l’iode restant est l’I-129, relativement abondant, de période 15,7 millions d’années, dont l’activité est donc très faible. Les effluents liquides radioactifs Lorsque leur niveau d'activité le justifie, les effluents liquides produits par les différents ateliers subissent des traitements chimiques dans les stations de traitement des effluents, afin de les décontaminer et de les neutraliser (les traitements varient en fonction de la nature des effluents).Il convient de souligner que la radioactivité émane essentiellement des impuretés présentes dans les effluents, impuretés qu’il est facile de précipiter au moyen de traitements appropriés et de piéger sous forme de déchets solides soumis eux-mêmes à des conditionnements ultérieurs. Les effluents sont ensuite filtrés et contrôlés avant d’être rejetés en mer, dans le cadre des autorisations en vigueur, par une canalisation dont la partie terrestre souterraine a une longueur de 2500 mètres et la partie sous marine une longueur d'environ 5000 m. Les rejets sont effectués dans le « Raz Blanchard », un des plus forts courants d’Europe qui favorise la dispersion marine (Voir note 1). Les quantités rejetées en 2006 ont été les suivantes :
*dont (en TBq):
Des efforts continus sont faits, tant dans les méthodes d’exploitation que dans l’amélioration des procédés, pour minimiser les rejets. La courbe suivante montre les progrès réalisés. Hormis le tritium, dont la quantité rejetée est pratiquement fonction de la quantité de combustible retraitée, les rejets ont fortement diminué depuis le démarrage de l’usine malgré l’augmentation des quantités traitées (courbe grise à lire sur l’échelle de droite). Leur niveau est aujourd’hui de l’ordre du centième de ce qui est autorisé. Note 1 : Cette dispersion est favorisée également par les caractéristiques physicochimiques des élément rejetés : C’est ainsi que l’eau tritiée se dilue aisément dans l’eau de mer et que l’I-129 se trouve mélangé à des quantités considérables d’iode naturel.
Les rejets liquides et gazeux se dispersent dans l’environnement. Le transfert vers l’homme intervient selon deux compartiments de l’écosystème : Pour le milieu marin, la majorité de l’impact sur l’homme (voir note1) est attribuable à l’ingestion des produits de la mer. Pour le milieu atmosphérique et terrestre, il s’agit de l’ingestion d’aliments (végétaux, lait, viande) contenant des éléments assimilables par le sol et la végétation. Les gaz rares, qui ne sont pas assimilables, sont dispersés sans impact appréciable. L’environnement marin et terrestre est l’objet d’un grand nombre de contrôles (25 000 échantillons sont analysés chaque année), concernant en particulier les eaux côtières, les algues, les mollusques et poissons pour le milieu marin, les eaux de surface, l’herbe et le lait pour le milieu terrestre. Ces contrôles conduisent à déterminer un impact des rejets inférieur à 0,03 mSv/an (voir note 1). Ceci est à comparer à l'équivalent de doses reçues pour chaque individu du fait de la radioactivité naturelle en France qui est de 2,4 mSv/an en moyenne (elle varie suivant les zones de 1,5 à 6 mSv/an). La réglementation française en vigueur limite à 1 mSv/an pour le public la dose ajoutée par la radioactivité artificielle générée par les installations industrielles. Les autorisations de rejet de La Hague, telles que fixées par les arrêtés ministériels de 1980, 1995 et de l’arrêté du 10 janvier 2003 très sensiblement plus restrictif, conduiraient à une dose individuelle maximale d'environ 0,15 mSv/an pour la catégorie de population la plus exposée. Note 1 : Un impact se calcule sur un « Groupe de référence », groupe de population qui, par son type d’habitat, son mode de vie et son lieu de résidence, est censé représenter le groupe le plus exposé aux effets des rejets liquides et gazeux ; pour La Hague, il y a en fait deux groupes de référence, l’un constitué de pêcheurs proches du point de rejet et l’autre constitué d’agriculteurs sous le vent dominant des cheminées de rejet. Divers groupes de travail se sont penchés sur l'impact des activités de La Hague : 1/Le groupe radioactif Nord Cotentin (GRNC) Il a été mis en place par les ministères chargés de la santé et de l'environnement (institué par l’arrêté du 10 janvier 2003) afin de calculer les doses reçues par les population. Il est constitué de représentants de l’exploitant AREVA, de l’IRSN, du CEA, d’experts français et étrangers ainsi que de l’association écologique ACRO. Le récapitulatif des doses calculées pour 2006 par le GRNC sont les suivantes: 1 –Scénarios chroniques:
2- Scénarios particuliers:
Outre le réexamen des modalités de calcul d’impact dosimétrique qui a permis de définir une méthodologie conservative et reconnue, ce groupe a été chargé par le gouvernement d'estimer le nombre de cas de leucémie théoriquement attribuable aux différentes sources d'exposition aux rayonnements ionisants chez les jeunes de 0 à 24 ans pour le canton de Beaumont Hague sur la période 1978 1996. Les résultats se décomposent de la façon suivante :
Cet important travail, qui a duré environ deux ans, a réuni près de 50 experts français étrangers et associé des représentants d’organisations anti-nucléaires, permet aujourd'hui d'affirmer que le risque de leucémie attribuable à l'exposition aux rejets radioactifs de l'usine a été de l'ordre de 2/1000e de cas pour la période 1978-1996. Depuis 2000 le groupe a repris ses travaux afin de calculer l'incertitude de ces résultats et d'évaluer l'impact des rejets chimiques de l'usine. 2/ La Direction Générale de l'Environnement de la Commission Européenne, a fait réalisé une l'étude (MARINA II), rendue publique en 2002, qui fournit des informations sur tous les rejets de radionucléides en mer du Nord quelle que soit leur origine.
Comme on l'a vu, les rejets des installations nucléaires n'ont qu'un impact très réduit sur l'environnement, les doses reçues étant inférieures au centième de celles résultant de l’irradiation naturelle. Ceci est dû principalement aux efforts constants des exploitants pour minimiser les rejets. Pour fixer des normes de rejet, deux approches existent : L'approche sanitaire L'approche technologique Chacune de ces approches a sa cohérence; cependant un danger existe en matière de communication : par exemple, mal ou insuffisamment expliqué, l’abaissement des limites induit dans le public le sentiment que les anciennes limites étaient insuffisantes donc dangereuses . Par ailleurs l'abaissement des limites de rejet décidé par les autorités accroît le risque de dépassement de ces limites lors de certains dysfonctionnements ou incidents mineurs alors même que ces dépassements n'entraîneraient aucun risque radiologique pour les populations. Mais le public retiendra qu'il y a eu dépassement et donc conséquence sanitaire. L'exemple des difficultés de communication à l'occasion des dérogations de température d'eau accordées à certaines centrales pendant l'été 2003 témoigne de ce type de problème. Le contexte réglementaire actuel À ce jour ces arrêtés interministériels ont renouvelé les autorisations de prélèvements d'eau et de rejets d'effluents d'un certain nombre de centrales nucléaires et d’usines du cycle du combustible. Par rapport aux prescriptions précédentes ils apportent une évolution sur trois points :
CSE-PC 21/11/2009
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