Accueil UARCO



Consommation et transformation d'énergie (suite)

Retour bas de page pécedente       Retour haut de page précedénte (index)

Index suite
3 – Évolution et prévision de la consommation d’énergie
3.1 – L’énergie primaire
3.2 – L’électricité
4 – Conclusion

3 – Évolution et prévision de la consommation d’énergie

Ainsi qu’on le constatera dans les tableaux qui suivent, les consommations d’énergies primaires et d’électricité, après une croissance continue dans les années passées, continueront à croître dans les décennies à venir, sauf perturbation majeure à l’échelle mondiale. La consommation d’électricité sera poussée, en particulier, par le développement de la concentration urbaine dans les pays en développement[5]. Cette croissance générale sera particulièrement soutenue par le développement des pays d’Asie ( Chine, Inde …) et d’Amérique du Sud (Brésil, Argentine). L’ONU table sur une croissance de la consommation électrique mondiale d’environ 2,5% par an.
A côté de cette tendance globale, le passé nous a enseigné que l’évolution de la consommation énergétique s’infléchissait au fur et à mesure que le pays accédait à un niveau de développement supérieur ; on le voit bien avec les évolutions 1973-2001 qui marquent une tendance au ralentissement de l’accroissement, surtout dans les pays développés. Il faut donc en tenir compte dans les prévisions à long terme, mais une grande partie de la population mondiale est encore loin de ce niveau.

3.1 L’énergie primaire

TABLEAU 8
EVOLUTION DE LA CONSOMMATION D’ÉNERGIE PRIMAIRE DANS LE MONDE DEPUIS 1973

La consommation mondiale d'énergie primaire : évolution depuis 1973


(1) Y compris les énergies renouvelables combustibles et les déchets pour les pays non OCDE.
(2) Europe OCDE, y compris la Pologne, la Hongrie et la République Tchèque.

Source : AIE/OCDE. Extrait des Chiffres-clés de l'énergie. Edition 2004. Observatoire de l'énergie.© Ministère de l'Économie, des Finances et de l'Industrie, 08/06/2004

 

Cet histogramme montre que l’Asie joue déjà un rôle primordial dans la croissance de la consommation mondiale d’énergie. Cet effet sera encore amplifié dans l’avenir, ainsi que le montre le tableau suivant; il existe, bien sûr, un grand nombre de prévisions dans lesquelles il n’est pas facile de se retrouver, et chacun sait que les économistes ne sont pas meilleurs que les météorologistes pour prévoir le futur; alors quand en plus on y mêle des considérations politiques ou idéologiques….

Dans le tableau suivant, on s’appuie sur le «Reference Scenario» de l’AIE qui prend en compte une croissance rapide dans les pays émergents et beaucoup plus lente dans les pays de l’OCDE[6]:

TABLEAU 9
RÉPARTITION DE LA CONSOMMATION D’ ÉNERGIE MONDIALE SUR LES 30 PROCHAINES ANNÉES

MONDE
Mtep

OCDE

ASIE dont CHINE

AMÉRIQUE LATINE

AFRIQUE

AUTRES

2000

10600

50,1%

25,2%

4,3%

5,3%

15,1%

2010

12200

47,7%

26,7%

4,5%

5,4%

15,7%

2030

16500

41,2%

31,1%

5,5%

6,4%

16,8%

Revenons sur les difficultés de prévisions d’évolution des consommations en énergies primaires: si l’évolution des consommations dans le passé est du domaine de la certitude, pour l’avenir, seules sont permises des conjectures qui supposent, de manière plus ou moins implicite, des hypothèses sur l’évolution politico-économique des différents pays. Comme nous l’avons dit, le passé montre que les spécialistes se sont souvent trompés. A titre d’exemple dans un domaine qu’on connaît bien, on se rappellera les prévisions de consommation d’uranium faites dans les années 70, alors que son prix avoisinait les $40 la livre d’U3O8 et combien ces prévisions furent démenties à la suite du «contre-choc» pétrolier et des accidents de Three Mile Island et Tchernobyl, avec un prix tombé à moins de $8 la livre durant toutes les années 90.

On pourrait ainsi multiplier les exemples et cela doit nous inciter à une grande prudence quand on veut faire des prévisions sur l’avenir, même à moyen terme.

En outre de telles prévisions sont encore plus délicates lorsque les conditions politico-économiques qui gouvernent le sujet sont très fluctuantes. C’est ce qui arrive avec la source d’énergie constituée par le pétrole (et le gaz naturel qui suit, avec un certain décalage, les prix du pétrole) dont le prix est éminemment incertain comme en témoigne le tableau ci-dessous et comme chacun peut le vérifier à la pompe. On peut comprendre que de telles évolutions influent sur le développement économique en général et, donc, en particulier, sur l’évolution de la consommation d’énergie.

TABLEAU 10
Evolution du cours du pétrole et du $ sur les dix dernières années
(au 1er janvier des années citées)

1996

1998

2000

2002

2004

2006

BRENT $/BARIL(arrondi)

18

14

28

18

32

61

$US en F puis en €

4.99 F

5.12 F

5.84 F

0.90 €

0.84 €

0.79 €

(source BP)

Il est néanmoins indispensable de tenter d’établir des scénarios prévisionnels, ne serait-ce que pour orienter les décisions d’investissementspour les outils de production et de distribution, et peser par le biais des incitations et des taxes sur les habitudes des consommateurs. Voici, à titre d’exemple, car on en trouve beaucoup d’autres, une prévision d’évolution de la consommation d’énergie dans le monde et de répartition selon les différentes sources.

TABLEAU 11
UNE VISION D’ÉVOLUTION DE LA CONSOMMATION ÉNERGETIQUE MONDIALE
(P.L.Bauquis, Groupe Total, hors bois de chauffage)

Années

Pétrole

Gaz

Charbon

Nucléaire

Renouvelables(dont hydraul.)

Total(Mtep)

2000

40%

22%

24%

6,5%

7,5%

9,3

2020

40%

27%

20%

6,5%

6,5%

14

2050

20%

25%

25%

22%

8%

18


On a pu constater dans les pays industrialisés une croissance très rapide de la consommation accompagnant le progrès industriel et l’amélioration des conditions de vie des populations puis un infléchissement significatif de cette croissance à mesure que les conditions et les rendements industriels ont progressé. C’est évidemment à l’échelle mondiale qu’il faut considérer cette évolution dans l’avenir mais l’évolution de la consommation française est assez représentative de ce qui s’est passé dans les pays de développement industriel ancien. On trouve le même type d’évolution aux États Unis et l’on peut remarquer que les pays venus plus tard au plein développement industriel atteignent la zone d’infléchissement plus tôt, bénéficiant plus immédiatement des progrès déjà accomplis, par exemple, dans l’utilisation de l’énergie. Un grand nombre de pays sont encore très loin de ce stade (la consommation moyenne par habitant dans le monde est de 40 % de celle de l’Europe et de 22 % de celle des États Unis qui n’est certes pas un modèle d’absence de gaspillage d’énergie). Les prévisions actuelles font apparaître une consommation d’énergie (et d’électricité) qui reste en forte croissance pour les années à venir et qui, par conséquent, nécessite de trouver des solutions adaptées.

Il ne fait pas de doute que tous les états devraient prendre des mesures incitatives fortes pour favoriser les économies d’énergie dans tous les domaines, ne serait-ce que pour stabiliser, voire diminuer, les rejets de gaz à effet de serre.

3.2. L’électricité

TABLEAU 12
PREVISION DE L’EVOLUTION DE LA CONSOMMATION D’ELECTRICITE (TWh)
(source DOE)

Années

2000

2005

2010

2015

2020

2025

Pays industrialisés

7600

8800

9400

10300

11200

12000

Pays en voie de développement

4100

5000

6100

7600

9100

10800

Pays de l’ex bloc de l’Est

1800

1900

1950

2000

2200

2900

Total

13500

15700

17450

19900

22500

26700

Nota: il s’agit là de la consommation finale, hors pertes dues au transport de l’électricité; pour avoir l’équivalent en production nécessaire d’électricité, ajouter, en gros, 10%.

On voit que dans moins de dix ans la consommation électrique atteindra 20 000 TWh, soit une augmentation de 25%; à ce rythme, le doublement de la consommation électrique de 2004 sera atteint en 25 ans, ce qui suppose des investissements de production énormes, comme l’a récemment reconnu la Commission Européenne de Bruxelles, après la panne du 4 novembre 2006. On voit d’ailleurs se mettre en place ces investissements en Asie (barrages des Trois-Gorges, centrales nucléaires dans toute l’Asie du Sud-Est) Mais la progression devra être telle qu’elle apportera certainement des évolutions importantes et techniques et comportementales.

 

4 - Conclusion

On ne s’étonnera pas de ce que les formes de travail les plus contraignantes existent généralement dans les pays où la consommation d’énergie est la moins développée. On a même corrélé de manière claire la consommation d’électricité et l’état sanitaire d’un pays: le taux de mortalité infantile croît au-dessous de 500 W/habitant, l’espérance de vie diminue brusquement au-dessous de 180 W/habitant. Compte tenu de la mondialisation croissante de l’information, il sera de plus en plus difficile de voir maintenues de très larges disparités sauf à risquer des conflits lourds pour le contrôle des ressources énergétiques. Est-ce d’ailleurs encore un risque ou déjà une réalité? (impact majeur de la consommation chinoise, tous les problèmes au Moyen-Orient, certains conflits en Afrique…)

Pour que les Chinois, les Indiens et les Indonésiens accèdent à une consommation de niveau européen, la consommation mondiale doit être multipliée au moins par deux. On comprend sans peine que cette question soit l’une des plus importantes que nos sociétés aient à résoudre dans les décennies prochaines. Comment augmenter de manière acceptable et durable la production d’énergie mondiale ? Quelles sources retenir ? notamment sans mettre en péril l’environnement. Utiliser l’énergie avec modération s’imposera de plus en plus mais il serait mal venu de recommander d’économiser l’énergie à ceux qui, aujourd’hui, n’en disposent même pas. La stratégie future devra assurer une croissance de la consommation en évaluant les capacités et les risques des diverses solutions, par exemple,

- pour choisir entre, d’une part l’utilisation des combustibles fossiles ou de la biomasse avec l’inconvénient de la production de CO2 et du réchauffement de la planète et d’autre part le développement d’une production nucléaire, seule capable aujourd’hui de répondre à l’accroissement de la demande sans augmentation des rejets de CO2, mais avec une maîtrise convenable de la sûreté et des questions liées aux déchets (et surtout perçue comme telle),

- pour décider aussi du niveau de R&D et d’investissements consacrés au développement de techniques nouvelles après avoir correctement évalué leur possibilité à répondre à tout ou partie du défi énergétique: énergies renouvelables[7], filière hydrogène et plus généralement stockage de l’énergie, moyens de transport sans rejet de CO2, économies d’énergie, etc.

C’est seulement au prix d’une évolution raisonnable de la consommation d’énergie, accompagnée de moyens de production cohérents et acceptés au niveau mondial, que notre planète trouvera le chemin du développement durable[8].

ABK-PhF  11/12/2006
 

[5] Qu’on le trouve ou non souhaitable, il apparaît inéluctable que, dans les prochaines décennies, les concentrations urbaines continuent de se développer. On peut penser, avec l’ONU, qu’en 2020 près de 55% de la population mondiale sera concentrée dans les grandes villes. C’est une caractéristique dont il faut tenir compte dans les plans de développement des moyens de production énergétique. D’abord parce qu’un habitant en ville consomme 2 fois plus d’énergie que s’il habite en campagne et ensuite parce qu’une mégapole nécessite la constitution de sources d’énergie très puissantes sur une petite surface; Paris et sa banlieue, par exemple, nécessitent de fournir (hors transports) l’équivalent de 25 Mtep dont l’essentiel en électricité et en gaz pour une surface de moins de 500 km2 .
[6]Ce que l’AIE appelle «Reference Scenario», c’est, grosso modo, une poursuite des politiques actuelles; dans le cas de la mise en place de politiques volontaristes («Alternative Scenario» selon l’AIE), la consommation mondiale en 2030 serait de 14500 Mtep au lieu de 16500, comme indiqué dans le tableau; mais cela ne change guère la répartition indiquée, mais au contraire amplifie la chute de la part des pays de l’OCDE.
[7]Pour ceux qui seraient intéressés, on trouvera, dans la rubrique Energie de ce site des données sur les potentialités des énergies renouvelables
[8] Si on suit les calculs de la WWF (World Wildlife Foundation – Fonds mondial pour la Nature), il faudrait un équivalent de 2,23 hectares par Terrien pour produire les ressources qu’il consomme aujourd’hui (eau, énergie, aliments) et absorber ses déchets, alors que la capacité de la Terre n’est que de 1,8 ha par habitant, ce qui tend à prouver soit qu’il y a trop de Terriens, soit qu’ils consomment trop. Ces mêmes calculs montrent qu’un américain a besoin de 9,6 ha, un français de 5,6 ha alors qu’un afghan ne disposerait que de 0,1 ha. WWF en déduit que l’Humanité vit au dessus de ses moyens