![]() Consommation et transformation d'énergie (suite) Retour bas de page pécedente Retour haut de page précedénte (index) Index suite 3 – Évolution et prévision de la consommation d’énergie Ainsi qu’on le constatera dans les tableaux qui suivent, les consommations d’énergies primaires et d’électricité, après une croissance continue dans les années passées, continueront à croître dans les décennies à venir, sauf perturbation majeure à l’échelle mondiale. La consommation d’électricité sera poussée, en particulier, par le développement de la concentration urbaine dans les pays en développement[5]. Cette croissance générale sera particulièrement soutenue par le développement des pays d’Asie ( Chine, Inde …) et d’Amérique du Sud (Brésil, Argentine). L’ONU table sur une croissance de la consommation électrique mondiale d’environ 2,5% par an. TABLEAU 8
Cet histogramme montre que l’Asie joue déjà un rôle primordial dans la croissance de la consommation mondiale d’énergie. Cet effet sera encore amplifié dans l’avenir, ainsi que le montre le tableau suivant; il existe, bien sûr, un grand nombre de prévisions dans lesquelles il n’est pas facile de se retrouver, et chacun sait que les économistes ne sont pas meilleurs que les météorologistes pour prévoir le futur; alors quand en plus on y mêle des considérations politiques ou idéologiques…. Dans le tableau suivant, on s’appuie sur le «Reference Scenario» de l’AIE qui prend en compte une croissance rapide dans les pays émergents et beaucoup plus lente dans les pays de l’OCDE[6]:
TABLEAU 9
Revenons sur les difficultés de prévisions d’évolution des consommations en énergies primaires: si l’évolution des consommations dans le passé est du domaine de la certitude, pour l’avenir, seules sont permises des conjectures qui supposent, de manière plus ou moins implicite, des hypothèses sur l’évolution politico-économique des différents pays. Comme nous l’avons dit, le passé montre que les spécialistes se sont souvent trompés. A titre d’exemple dans un domaine qu’on connaît bien, on se rappellera les prévisions de consommation d’uranium faites dans les années 70, alors que son prix avoisinait les $40 la livre d’U3O8 et combien ces prévisions furent démenties à la suite du «contre-choc» pétrolier et des accidents de Three Mile Island et Tchernobyl, avec un prix tombé à moins de $8 la livre durant toutes les années 90. On pourrait ainsi multiplier les exemples et cela doit nous inciter à une grande prudence quand on veut faire des prévisions sur l’avenir, même à moyen terme. En outre de telles prévisions sont encore plus délicates lorsque les conditions politico-économiques qui gouvernent le sujet sont très fluctuantes. C’est ce qui arrive avec la source d’énergie constituée par le pétrole (et le gaz naturel qui suit, avec un certain décalage, les prix du pétrole) dont le prix est éminemment incertain comme en témoigne le tableau ci-dessous et comme chacun peut le vérifier à la pompe. On peut comprendre que de telles évolutions influent sur le développement économique en général et, donc, en particulier, sur l’évolution de la consommation d’énergie.
TABLEAU 10
(source BP) Il est néanmoins indispensable de tenter d’établir des scénarios prévisionnels, ne serait-ce que pour orienter les décisions d’investissementspour les outils de production et de distribution, et peser par le biais des incitations et des taxes sur les habitudes des consommateurs. Voici, à titre d’exemple, car on en trouve beaucoup d’autres, une prévision d’évolution de la consommation d’énergie dans le monde et de répartition selon les différentes sources. TABLEAU 11
On a pu constater dans les pays industrialisés une croissance très rapide de la consommation accompagnant le progrès industriel et l’amélioration des conditions de vie des populations puis un infléchissement significatif de cette croissance à mesure que les conditions et les rendements industriels ont progressé. C’est évidemment à l’échelle mondiale qu’il faut considérer cette évolution dans l’avenir mais l’évolution de la consommation française est assez représentative de ce qui s’est passé dans les pays de développement industriel ancien. On trouve le même type d’évolution aux États Unis et l’on peut remarquer que les pays venus plus tard au plein développement industriel atteignent la zone d’infléchissement plus tôt, bénéficiant plus immédiatement des progrès déjà accomplis, par exemple, dans l’utilisation de l’énergie. Un grand nombre de pays sont encore très loin de ce stade (la consommation moyenne par habitant dans le monde est de 40 % de celle de l’Europe et de 22 % de celle des États Unis qui n’est certes pas un modèle d’absence de gaspillage d’énergie). Les prévisions actuelles font apparaître une consommation d’énergie (et d’électricité) qui reste en forte croissance pour les années à venir et qui, par conséquent, nécessite de trouver des solutions adaptées. Il ne fait pas de doute que tous les états devraient prendre des mesures incitatives fortes pour favoriser les économies d’énergie dans tous les domaines, ne serait-ce que pour stabiliser, voire diminuer, les rejets de gaz à effet de serre. TABLEAU 12
Années 2000 2005 2010 2015 2020 2025 Pays industrialisés 7600 8800 9400 10300 11200 12000 Pays en voie de développement 4100 5000 6100 7600 9100 10800 Pays de l’ex bloc de l’Est 1800 1900 1950 2000 2200 2900 Total 13500 15700 17450 19900 22500 26700 Nota: il s’agit là de la consommation finale, hors pertes dues au transport de l’électricité; pour avoir l’équivalent en production nécessaire d’électricité, ajouter, en gros, 10%. On voit que dans moins de dix ans la consommation électrique atteindra 20 000 TWh, soit une augmentation de 25%; à ce rythme, le doublement de la consommation électrique de 2004 sera atteint en 25 ans, ce qui suppose des investissements de production énormes, comme l’a récemment reconnu la Commission Européenne de Bruxelles, après la panne du 4 novembre 2006. On voit d’ailleurs se mettre en place ces investissements en Asie (barrages des Trois-Gorges, centrales nucléaires dans toute l’Asie du Sud-Est) Mais la progression devra être telle qu’elle apportera certainement des évolutions importantes et techniques et comportementales.
On ne s’étonnera pas de ce que les formes de travail les plus contraignantes existent généralement dans les pays où la consommation d’énergie est la moins développée. On a même corrélé de manière claire la consommation d’électricité et l’état sanitaire d’un pays: le taux de mortalité infantile croît au-dessous de 500 W/habitant, l’espérance de vie diminue brusquement au-dessous de 180 W/habitant. Compte tenu de la mondialisation croissante de l’information, il sera de plus en plus difficile de voir maintenues de très larges disparités sauf à risquer des conflits lourds pour le contrôle des ressources énergétiques. Est-ce d’ailleurs encore un risque ou déjà une réalité? (impact majeur de la consommation chinoise, tous les problèmes au Moyen-Orient, certains conflits en Afrique…) Pour que les Chinois, les Indiens et les Indonésiens accèdent à une consommation de niveau européen, la consommation mondiale doit être multipliée au moins par deux. On comprend sans peine que cette question soit l’une des plus importantes que nos sociétés aient à résoudre dans les décennies prochaines. Comment augmenter de manière acceptable et durable la production d’énergie mondiale ? Quelles sources retenir ? notamment sans mettre en péril l’environnement. Utiliser l’énergie avec modération s’imposera de plus en plus mais il serait mal venu de recommander d’économiser l’énergie à ceux qui, aujourd’hui, n’en disposent même pas. La stratégie future devra assurer une croissance de la consommation en évaluant les capacités et les risques des diverses solutions, par exemple, - pour choisir entre, d’une part l’utilisation des combustibles fossiles ou de la biomasse avec l’inconvénient de la production de CO2 et du réchauffement de la planète et d’autre part le développement d’une production nucléaire, seule capable aujourd’hui de répondre à l’accroissement de la demande sans augmentation des rejets de CO2, mais avec une maîtrise convenable de la sûreté et des questions liées aux déchets (et surtout perçue comme telle), C’est seulement au prix d’une évolution raisonnable de la consommation d’énergie, accompagnée de moyens de production cohérents et acceptés au niveau mondial, que notre planète trouvera le chemin du développement durable[8].
![]() | |||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||